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 Le Flon !
(Endroit bizarre, sorti du hasard  qu’ le fric a transformé en drôle d’bazar.)



Ancienne Cours des Miracles, gens sympathiques,
L’âme perdue au profit du tout économique.
Un endroit fait de pierres, de ciment et de briques
Où les affairistes rêvent de béton et de fric.

Le soir, des fleurs de pavés y faisaient l’trottoir.
Il y a eu des pavés. Jamais de trottoirs !
Et aussi des junkies qui se poudraient le nez.
Remplacés par des gens forts chics et fortunés

Ainsi que dans tous les endroits de ce type,
On trouvait un ou l’autre maniaque ou sale type.
Et d’autres «Maniak» vêtus d’amusantes fringues,
Que tous les bien-pensants prenaient pour de vrais dingues.

Un Moulin ! Mais ni meunier ni belle meunière,
Qu’des gueules enfarinées à belles manières.
Et des gens avec une troisième main, celle du cœur,
Pendant que d’autres, manucurées, y f’saient leur beurre.



Au bout, tapant le carton, des sapeurs-pompiers.
À l’autre, en cartons, des pompes attendent leurs pieds.
Et, d’un bout à l’autre, prospèrent les gueules funèbres
Des branchés se croyant sortis des ténèbres.

Un bistrot où l’on boit sans se faire détrousser.
Ailleurs, les friqués testent des trucs les f’sant mousser
Volant d’Atelier en Moulin, ils se cassent l’ouïe
Là où il est très classieux d’y laisser des louis.

Où survivent quelques galeries, quelques artistes,
Où sévissent aussi de grands managers forts tristes.
Qui installent barrières et caméras indiscrètes.
Un grand cinéma ! Mais plus aucune vie secrète !

Oui, c’est évident, on devrait manifester.
Mais bien fini les pavés qu’on pourrait jeter.
L’endroit n’est plus bizarre ! Maint’nant, il est très sûr.
Mais la liberté s’est envolée !... ça c’est sûr !

                            Jean-Claude Bouille / mars 2013