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Le 13 septembre 2007 a eu lieu le vernissage de la dernière exposition  à la Galerie du Manoir, celle de Raoul Blanchard. 

Ainsi s'acheva un engagement culturel débuté en 1967 par Nelly l'Eplattenier dans cette ville, et torpillé par l'incapacité de l'autorité politique communale et cantonale à reconnaître la nécessité de l'engagement citoyen dans la dynamique culturelle, à son rôle dans le maintien, sinon la restauration aujourd'hui nécessaire de l'attractivité de La Chaux-de-Fonds. En outre, il a été négligé le fait qu'on supprimait ainsi une structure de redistribution, qui le moins qu'on puisse dire sont rares dans le domaine des arts plastiques : ce sont plusieurs dizaine de milliers de francs revenaient chaque année aux artistes, en majorité du canton. 

A l'évidence une compréhension transversale du rôle de la galerie n'a pas pu ou voulu être faites, plus facile qu'il était de réduire le problème à ses aspects créanciers, et de refuser ensuite la discussion.

Mais par delà le déni bureaucratique et la violence administrative, la vie culturelle et les artistes se doivent d'être soutenus, aussi Nelly L'Eplattenier, cohérente avec elle-même, poursuit son activité en se recentrant sur sa galerie de Lausanne. Voici son message : 

 

Chers amis

 

Puis-je vous faire part de quelques réflexions qui traversent les pensées d’une aventurière.

 

C’est par la lecture que j’ai découvert l’univers…

C’est par le musique que j’ai découvert l’au-delà…

C’est par la peinture que j’ai découvert le réel et l’irréel...

C’est par la maternité que j’ai découvert l’immensité de l’amour...

C’est dans l’amitié que j’ai trouvé la force de surmonter toutes les embûches qui ont sillonné mon chemin…

 

C’est pour cela que je vous dis encore merci, à vous tous mes amis.

Nous allons donc quitter la Chaux-de-Fonds et au grand jamais, dans ma vie, je ne l’aurais imaginé, je suis tellement d’ici !

Avant ce départ, je voudrais avoir une pensée pour les êtres qui ont marqué mon chemin.

 

D’abord Charles Pierre-Humbert. Toute petite en visite chez ma grand’mère au Locle, je visitais son atelier à la rue du Crêt-Vaillant. Puis je pense à Paul Matthey, mon professeur de musique, à Edouard Kaiser, à Jean Cornu, à Affolter dit Condé à Hubert Queloz et surtout à Edouard Gogler, tous ces professeurs de dessin qui m’ont appris à regarder, à Lucien Schwob aux cours de l’école d’arts. Puis à Lermite, à Aurèle Barraud, à J.-F. Comment, à Coghuf, les premiers peintres de la région à me faire confiance et à me soutenir, tout comme Paul Seylaz conservateur du musée et Charles Chautemps avant même qu'il ne dirige celui du Locle.

 

Puis naturellement à Jean-Marie Nussbaum sans l’appui de qui jamais la Galerie n’aurait pu exister au-delà de la région.

 

Et puis merci à Denise de Ceuninck, à Sonia Graf, à Irène Brossard et maintenant Sylvie Balmer, donc aux diverses rédactions de l’Impartial.

Pour que la Galerie survive, une association des amis du Manoir fut créée. Bientôt sous le contrôle et la direction de Loyse Renaud Hunziker qui devint fervente soutien. Merci. Il faut bien dire que sans cette aide il y a bien longtemps que la Galerie aurait du fermer.

 

Rappelons encore l’appui de Francis Matthey. Il avait compris qu’il n’est pas simple de faire survivre une galerie d’art contemporain dans une cité ouvrière, comme si la culture n’était réservée qu’aux élites. Ce n’était pas notre vision à nous, les enfants d’ici ;  se battre pour cette égalité dans la sensibilité était notre seul but.

Une pensée encore pour les femmes qui furent mes exemples et qui m’ont appris à voir toujours plus loin. Je pense d’abord à Jenny Humbert-Droz, ma confidente.

Puis mes rencontres de hasards parisiens, quand la timidité me submergeait, ces portes qui se sont ouvertes pour me montrer le chemin, le regard et le cœur …

Je pense à Simone Heller, Suzanne de Coninck, Jeanne Bucher, Denise René et Viera da Silva.

 

Ensuite Paul SZASZ pour qui j’ai crée la Galerie. François Arnal qui disait à ses

amis peintres du groupe de la seconde école de Paris : « Chez la petite vous pouvez y aller, c’est du sérieux… ». C’était Olivier Debré, Jean Messagier, J.-F Koenig, Benrath, et Poliakoff  qui disait « la petite, elle sait voir … ».

 

Et puis, et puis, il y eut à ce jour plus de 400 expositions au Manoir, je ne vais pas les énumérer, mais je vais avoir une pensée pour eux tous.

 

Que dirais-je de Pierre Zurcher, mon mari, qui a sacrifié l’Atelier Musical qu’il a créé il y a plus de 35 ans, pour aller travailler en usine pour que la galerie survive…, mais je refuse de sombrer dans la nostalgie et vive la peinture.

A vous tous nous disons au revoir, si vous souhaitez continuer être au courant de nos activités à Lausanne, soyez assez gentils de nous en informer.

En attendant acceptez, Chers amis et amies, nos cordiaux messages.

 

Nelly L’Eplattenier